MotsDireSansHaine

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Libérée de ma prison.

À l’âge de 9 ans environ, ma poitrine étant déjà formée me faisait horriblement mal.

Un jour je suis tombée dans les pommes. Le médecin a diagnostiqué des abcès aux deux seins.

À cet âge-là on a du mal à comprendre pourquoi cela faisait si mal.

On n’a pas diagnostiqué la maladie de Verneuil et pourtant je l’avais déjà.

 

À l’âge de 15 ans j’avais un petit ami, qui était trop pressant et un jour il m’a violée.

Impossible de porter plainte, car je le connaissais et à l’époque c’était TABOU. Mes parents ne savaient pas quoi faire. Car tout le monde leur disait :

« Elle ne sera pas crédible, car elle le connaissait. Et elle avait qu’à crier et se débattre vu que c’était chez vous que cela s’est passé... »

Ce qu’ils ne savaient pas c’est que lui m’avait coincée d’une telle force et bâillonnée qu’il m’était impossible de réagir.

Malheureusement, je suis tombée enceinte.

Alors il était question d’un mariage. Ce que moi je ne voulais pas.

 

Après ce viol je me suis renfermée, recroquevillée. Je n’avais envie de rien.

La jeune fille gaie, n’était plus.

À 6 mois de grossesse, j’ai failli mourir. J’ai fait une fausse couche, et le médecin a dit à ma maman que le bébé était mort depuis environ 8 jours.

Il m’a fait comprendre que je n’aurai plus d’enfant.

 

Je suis devenue anorexique. Je fumais des cigarettes à longueur de journée (2 paquets par jour), pour 1m70 je pesais 45 kgs.

 

À l’âge de 17 ans, j’ai rencontré mon défunt mari.

À ce moment-là, mes pensées étaient :

« La vie m’offre une seconde chance »

J’étais de nouveau heureuse, gaie, et je reprenais goût à la vie. 

Très vite après notre rencontre, je suis tombée enceinte.

J’étais surprise pensant que j’étais stérile, mais super heureuse.

 

Ma grossesse se passait mal, j’étais alitée à longueur de temps et la plupart du temps ma grossesse se passait à la clinique, hospitalisée.

J’étais dans le 7ème mois, le médecin m’a autorisée à sortir de la clinique pour aller me marier.

Ce qu’il ne savait pas c’est que l’enfer avait déjà commencé.

 

Étant enceinte je ne pouvais pas refuser le mariage, et puis dans ma tête je me disais :

« à quoi bon... Ce doit être ça la vie ! Prends-la comme elle est. Subis et survis ! »

 

Pendant mon hospitalisation, mon mari qui n’était pas encore mon mari officiellement, venait dans la chambre, bloquait la porte, et me violait.

Il était très porté sur le sexe, mais pas seulement. C’était un dominateur.

Personne n’a jamais rien su.

 

De 1978 à 1995 année de son décès, j’ai subi viols, harcèlement moral, et harcèlement physique.

Pendant toutes ces années, j’étais dans une prison. 

J’ai fait 8 fausses couches en comptant celle de mes 15 ans.

J’ai mis au monde deux superbes filles.

 

Et pour elles j’ai vécu dans cette prison. C’est elles qui me donnaient la force de continuer à vivre. Je les protégeais, elles étaient mes joyaux. Grâce à elles j’ai survécu.

Elles me donnaient de la joie, de l’amour, de la tendresse.

Je leur donnais mon âme, je les cajolais, je leur donnais tout ce que je pouvais.

C’était mon échappatoire de cette prison !

 

Lorsqu’il décéda en 1995, un souffle de liberté s’ouvrait à moi.

ENFIN ! La prison n’existait plus.

 

                                                               (Anonyme, le 2 novembre 2017)

 

 



02/11/2017
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