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KEYES Daniel : Des fleurs pour Algernon

DES FLEURS POUR ALGERNON

 

Algernon, je voyais ce nom passer et repasser, comme un appel. J’ai succombé. Des fleurs, je lui en lance à la pelle, des immortelles par milliers.

 

Chacun des mots parle à l’intime de soi, touche à l’être profond parce que le panel des questions existentielles abordées est très très large. Nous sommes tous des êtres uniques, nous le savons, mais se faire accepter n’est simple pour personne. Un enjeu dès la naissance, capter le regard de sa mère, parfois dès le ventre, communiquer sa présence, haptonomie et émotion garantie. Susciter l’admiration du père, la jalousie de la fratrie… Charlie a vécu une enfance particulière, avec ce combat commun à tous les parents d’enfants différents, de vouloir à tout prix les intégrer, quel que soit le handicap, physique ou mental, avant de parfois accepter une solution plus adaptée, pour le bien-être de tous quand cela s’impose. Lutte perpétuelle entre acceptation et rejet. Les enfants entre eux sont sans pitié, c’est aussi l’école de la vie ; difficile pour ceux qui ne sont pas dans les clous. 

Charlie, j’ai mal à ton enfance.

 

Sans une once d’empathie, l’autre devient invisible, absent du décor, et quoi qu’il fasse, se rira de lui, qu’il soit stupide ou bien génie. Mais qui manque à ce point d’empathie ?

La tolérance est une question d’éducation, le respect s’enseigne depuis tout petit, sans grand discours, juste en montrant l’exemple.

 

La question de la différence est bien sûr le cœur du sujet, et si l’on pense que seuls les simples d’esprit ont à souffrir de l’exclusion, c’est une erreur. Qui parle des « imbéciles heureux » ? L’expression est un peu cynique aujourd’hui, mais pas tellement loin de la réalité. Ils ne se poseraient pas tant de questions ; ils seraient. Point. Vivre. Être.Alors que les grands équipés du cerveau, ceux qui sont encombrés de neurones hyperactifs, souffrent de trop de lucidité sur la nature humaine, d’une acuité exacerbée, d’une compréhension fine de la nature. Charlie ne semble-t-il pas opposé à l’utilisation des animaux en laboratoire ? Petites souris, mais singes aussi. Et pourtant, on soigne le cancer grâce aux expériences sur les animaux. Cette question me taraude, on peut limiter les dégâts. 

Charlie visite les lieux d’accueil pour enfants et adultes handicapés, nous glissant au passage une réalité toujours d’actualité : un manque terrible de places, puisque ce sont des maisons définitives, les places ne se libèrent jamais vraiment.

 

L’auteur ne nous épargne pas non plus la vieillesse, avec l’apparition des troubles cognitifs, que l’on observe chez sa mère. Quoi de plus perturbant qu’une mère qui ne vous reconnaît plus ? Nous le vivons dans la famille en ce moment. Pas facile d’entendre une mère répondre à son propre fils au téléphone « bonjour, madame ». Accepter. C’est tout. Aimer quand même.

 

Avec cette question d’intelligence augmentée, ce livre décrivait le transhumanisme avant l’heure, pas loin de l’intelligence artificielle qui nous effraie un peu, et d’ailleurs ça me rappelle un livre que je n’ai pas encore lu : « Le jour où mon robot m’aimera » de Serge Tisseron… Intelligence artificielle et sentiments ???

Avant, on nous parlait de surdoués… surdoués de quoi ? C’est toujours par rapport à une échelle de valeurs, en comparaison avec les mêmes catégories de personnes. Mais on les pensait surdoués en tout. Maintenant, les tests de dépistage ont changé, et ont cloisonné les secteurs de la douance. On peut être excellent en littérature et mauvais en math, avoir une mémoire phénoménale et aucune aptitude à la physique, et pourtant être assimilé à un enfant ou un jeune dit « précoce ». Nous parlons parfois de « zèbres »… toute la difficulté étant de développer la composante émotionnelle de la personnalité, au même titre que le reste. La maturité affective ne se construit pas dans les livres, mais dans le rapport à l’autre. Or, le rapport à l’autre est difficile quand le sujet est différent. L’ensemble du livre l’analyse très bien, dans tous les contextes : famille, amis, amours, profession, voisinage, etc.

 

S’accepter soi-même est le premier chemin pour se faire accepter des autres. Que l’on soit simplet ou génie.

 



10/09/2017
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