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SEIGLE Jean-Luc : En vieillissant les hommes pleurent

EN VIEILLISSANT LES HOMMES PLEURENT.

 

 

Je referme à l’instant ce livre. Journée du Patrimoine. Étonnant.

Cet ouvrage est une bombe. Les dernières déflagrations résonnent encore en moi. Comme le flot des larmes sur les joues des hommes qui songent aux champs de bataille, dans le secret de leurs nuits, mes émotions ruissèlent, et je pense à nos aïeux, à tous ceux à qui l’on n’a pas eu le temps de dire adieu.

À ceux qui ont déterré les souvenirs écrits entre les lignes, enfin surtout sur la ligne Maginot.

Je me demande si, sans le savoir, je n’ai pas souri à l’un d’entre eux, dans un couloir :

« Certains sont encore vivants aujourd’hui, on peut les trouver dans les couloirs des hospices, poussant des déambulateurs. Mais qui entend ce qu’ils racontent la nuit quand ils pleurent et qu’ils se pissent dessus en se souvenant de la fin de l’imaginot ? »(Page 344)

Durant les derniers mois du grand âge, certains semblent perdre la raison. Leurs mots pour vous ne semblent avoir aucun sens, mais en réalité, ils règlent souvent des histoires de leur passé, afin de partir en Paix.

Chaque livre est une rencontre. Pour moi, pas de souvenirs de guerre racontés par un grand-père, non.

Ce livre m’a bousculée pour d’autres aspects, pour celui qui raconte les personnes âgées, celles de ce temps-là.

Ces femmes, qui dans le plus grand et douloureux secret, se défaisaient d’un enfant à venir, quand l’enfant déjà venu était parti au front.

Ces hommes qui culpabilisaient d’être à la maison, leur vie plutôt dernière, quand leur fils était envoyé à la guerre, pas sûr d’avoir la vie devant.

Aucune lecture n’arrive au hasard, j’en suis sûre. Ce titre, je le vois depuis des mois sur babelio, et c’est seulement maintenant que je l’ai lu... quand justement il parle d’un fils qui doit faire la toilette à sa maman âgée, que c’est impensable en effet, sauf cas de force majeure... La fille encore, elle peut peut-être assumer, mais le fils ? Il décrit tellement bien le désarroi dans les yeux du fils, ce désarroi que j’ai vu chez moi... il faut des relais, du personnel spécialisé pour ces choses-là. Je vous confierai même que, c’est à ce moment-là, que la vieille Dame a complètement perdu la tête, comme pour ne pas voir un fils, mais quelqu’un d’autre. Les psychiatres disent parfois que perdre la tête c’est une manière de répondre au dilemme : Partir ou Rester ? Être ici et maintenant, dans une réalité devenue insupportable, mais comment ?

« Je suis encore là et parti en même temps ».

Moi, je reste encore un peu pour pouvoir lire davantage de livres terroristes, de ceux qui vous explosent en pleine poire durant un samedi pluvieux.

 



16/09/2017
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