MotsDireSansHaine

MotsDireSansHaine

Bonjour, c'est l'infirmière, de CHARLINE

BONJOUR, C'EST L'INFIRMIÈRE

   Je remercie les éditons Flammarion, qui par le biais de l’opération Masse Critique, ont permis que Charline dans sa tournée fasse un détour par chez moi et m’y dépose son essai.

 

    Je voudrais également, avant d’émettre mon avis sur ce livre, tenir une minute de silence pour ces infirmières en autolyse, puis qu’on le lise. Ces collègues qui, faute de pouvoir soigner dans des conditions décentes, ont préféré descendre du navire et se noyer dans leur burn out, quitter la route… pour toujours. Paix à votre âme.

 

   Charline, une infirmière libérale. Un blog que je ne connais pas, et qui explique peut-être un style plutôt familier, qui n’en énonce pas moins de drôles de vérités. Une infirmière qui témoigne, parmi les quelques 638 248 qui exercent en France.

 

   Un même diplôme d’état pour tous, et combien de manières d’exercer, de lieux, de jour ou de nuit, seul ou en équipe ? Ici, l’infirmière est libérale, comme celle qui est peut-être venue vous faire un soin, chez vous. Mais elle n’est pas libre. Et vous n’imaginez peut-être pas ce qu’elle vit avant et après son passage chez vous, pourquoi elle est souvent en retard (un tracteur sur la route ou des embouteillages, mais aussi votre voisin qui allait trop mal pour qu’elle s’en tienne juste à la prise de sang et le laisse là, sans rien dire de plus), fatiguée, mais souriante, à bout, mais conciliante, professionnelle jusqu’au bout du bout.

 

    À vous elle sourit, mais peut-être que juste avant de venir, elle a tenu la main de quelqu’un en train de mourir, soutenu une maman qui a perdu un bébé, rigolé avec un grand-père égrillard, bu un café réchauffé, mais si bon. Ou alors, elle a bataillé pour obtenir d’un médecin qu’il fasse enfin l’ordonnance correctement, pour que tout le système de soins, tellement bien pensé, lui permette enfin d’appliquer la prescription dans de bonnes conditions et qu’elle reçoive l’aumône en question. C.Q.F.D. Ce Qu’il Fallait Démontrer, ou, au choix : Sécu Foutue Demain ?

 

   Charline vous réveille tôt et vous emmène dans sa voiture, rouler sur les belles routes de sa campagne, pour une semaine non-stop, le rythme est affolant, mais c’est le quotidien de tous les infirmiers libéraux, qui n’ont, certes, plus à souffrir d’une hiérarchie et de collègues parfois pesants, mais qui sont aussi parfois bien seuls. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Pour l’argent de toute façon, à l’hôpital ou ailleurs, on nous répète assez que les caisses sont vides… mais les patients sont et seront toujours là… je, tu, il, elle, nous, vous, ils et elles.

 

   Vous pensez que, comme au bon vieux temps, l’infirmière a les cornettes sur la tête et le bénévolat greffé au cerveau et sur le bout des doigts ? Mais l’infirmière aussi a son loyer à payer, ses charges et sa famille à nourrir, et parfois, quand elle en a enfin le temps, un petit loisir à s’offrir.

Charline nous fait vivre de l’intérieur sa tournée type, avec ses joies et ses tourments, tout en menant sa réflexion de professionnelle confrontée à la maladie, à l’humain, tout simplement, dans ce qu’il a de meilleurs ou de pire.

 

   Charline m’a fait mal quand j’ai lu, au décours d’une page qui décrit un passage chez une femme en souffrance physique et psychologique, qu’elle aussi a subi un viol. Je ne m’y attendais pas, à croire que chaque femme cache un lourd secret dans ses valises. Elle, elle l’a mis dans sa mallette d’infirmière, et elle le sort de temps en temps, pour en parler sans honte avec des patientes qui comme nous, ont un jour subi les assauts d’un homme. Mais la vie continue, et nous ne sommes pas réduites à une agression sexuelle. Certaines sont devenues soignantes pour réparer les corps comme elles auraient voulu que le leur soit réparé. Les plaies se referment toutes un jour.

 

   Charline, une infirmière qui a ouvert son cœur sans fard ni pudeur, avec humour parfois, pour décrire la vie d’une espèce peut-être en voie de disparition.

 

   Mais qui nous soignera alors, nous aussi, quand nous serons malades, affaiblis ou déments, nous les « soi-niants » ?

 



29/09/2017
0 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 23 autres membres