MotsDireSansHaine

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Poèmes d'hier

Ces poèmes ont été écrits de mes 17 ans à mes 20 ans . Ils sont l'expression de ma souffrance de l'époque, de mes tourments, de mes blessures, puis peu à peu de l'espoir qui est revenu, de la vie qui a repris le dessus.
Les mots qui disent les maux, pour aller mieux.


ADOLESCENCE FRACASSÉE

 

TOURNER DÉFINITIVEMENT
LE DOS AU PASSÉ

20160928_151509.jpg

POUR POUVOIR REGARDER LOIN DEVANT


VIOL

 

Par un soir de décembre
La lune vit crier mes membres

L’herbe au-dehors sentait la peur

Mon sang perdait sa couleur

 

 

Je n’avais pas bien compris

Naïve je l’avais suivi
Et même sur la route
Nulle ombre en moi d’un doute.

 

Brusquement il lâcha le volant
Je dus guider l’engin, peu sûrement.

Innocemment je riais
Sadiquement il riait.

 

Sans réaliser le pourquoi
Je vis des arbres autour de moi

Le moteur ne ronflait plus
Je sus que j’avais trop bu.

 

Un copain me parlait
Nos paroles se perdaient
Dans une âcre odeur de fumée

Soudain le ton avait changé.

 

Coupant court à la conversation
Il me fit des propositions

Sous-entendues ; je les repoussais,

La métamorphose commençait.

 

 

Le copain avait disparu
Je me retrouvais nue
Sous la menace du mâle,
Je ne pus qu’étouffer un râle

 

Interdit de prier

Interdit de crier

Interdit de se battre

Interdit de combattre

 

 

Deux phares nous ont éclairés

La voiture ne fit que passer.

Une fille était en train de souffrir

La nature avait cessé de frémir.

 

En l’espace de quelques minutes

Déchainé, acharné, en bête brute

Il avait détruit tout mon espoir

Le blanc était devenu noir.

 

 

Cette première fois idéale
Sous une chaude lumière pâle

L’amour effaçant la souffrance..

… Désir de vengeance.

 

 

Obstiné il voulait me faire avouer

Qu’il n’était pas le premier
Il m’a forcée à mentir,
Heureux, l’animal, de m’avilir.

 

Les taches sur le siège
Ce n’était pas un piège

Dernières traces de pureté

Elles n’étaient plus que saleté.

 

 

Toute entière j’étais souillée
Et mon esprit était rouillé.
Si un monstre naît de mon ventre

Mort il sortira de cet antre.

 

Ce fut l’heure de la torture
Ce fut l’idée de la morsure
Un sein après l’autre, oui
Mon corps n’était plus qu’à demi.

 

Las d’entendre mes hurlements
Il me rendit mes vêtements.
Il m’ordonna de goûter à son joint

Mais en moi l’effet n’était point.

 

Enfin le bracelet en argent de ma sœur
Échoua dans la poche du violeur
Quatre fois l’aiguille avait fait le tour du cadran

Il me ramena chez moi. J’avais dix-sept ans.

 

 1983   


https://www.blog4ever-fichiers.com/2017/09/839347/artfichier_839347_7347600_201709115136155.jpg

Carré  Conté Sanguine, coup de crayon instinctif, 2009


SENTIMENTS DU MOMENT

 

Majorité civile
Mentalité hostile
Violation domicile
Victime docile

 

Souffrance profonde
Sourire Joconde
Liquide immonde
De force inonde

 

Coupable ivre
Prière survivre
Enfin délivre
Espoir revivre

 

1983



L'APPEL

 

Pardon de ne résister à ce besoin
Que j’ai soudain de serrer les poings.

Ce soir une angoisse folle m’oppresse,
Ce souvenir violent encore me blesse.

Inutile que je ferme les yeux
L’image est là, mon cœur est creux.


Je ne parviens plus à m’analyser,
Ma volonté de lutter s’est volatilisée.

Pour la première fois, je tends la main

En espérant la victoire de demain.
Depuis ce jour jamais je ne me lasse
De ce cauchemar qu’inlassablement je ressasse.


Dis- moi, toi qui n’as pas connu ce mal ?
Dis-moi, toi qui par moi imagines l’animal ?

Animal qui subitement a quitté sa carapace
Pour se jeter sur sa proie tel un rapace, 
Assoiffé de sang frais et avide de chair,
Ses serres ont lacéré mon corps et je dus me taire.

 

La radio crachait des airs stupides,
La souffrance et l’horreur m’avaient rendue frigide.
Pourtant il me fit crier que j’avais joui
Par cette déjection immonde qui venait de lui.
Le mensonge qui naissait de ma bouche
Devenait sinistre ;le monstre n’était pas farouche.


Vers quel sentier avait fui ma pudeur
Face à la gueule du mâle en chaleur ?

« Ce soir j’avais envie de baiser avec une fille »
Vocabulaire immaculé ; tremblante je me rhabille.

Le retour se fit en un éclair et la peur
N’avait plus de place en moi à cette heure.


Je claquais la porte, trop aimable
Et comme ayant perdu la raison, incapable
De penser, je tournais la poignée
Convulsive je lui dis »il m’a violée ».

 

Viol : v comme vie
          i comme irréel
          o comme odieux
          l comme liberté

 

1983



HUM

Il faut avoir souffert terriblement
Pour pouvoir apprécier le calme présent.
Avant la torture, quelle qu’elle soit
On ne sait rien, on ne sait pas
Ce que vivre le corps en paix signifie.
Lorsque le mal n’assaille pas la vie
De coups, de morsures, de traitrises,
On se croit plus malheureux que Maryse
Élodie ou Sabrina, jamais on ne réalise
Le bien-être dont on jouit
Et qui parfois manque à autrui.
Il faut avoir crié aux hurlements
Pour pouvoir aimer parler doucement.
Avant la torture on ignore
Que le cri soulage le corps
On se croit pris au piège et malmené
Par l’existence qui de ce mal nous avait épargnés.

Vient l’heure où l’on a mal
Puis la présence qui nous guérit de ce mal.

 

1983


https://www.blog4ever-fichiers.com/2017/09/839347/artfichier_839347_7347598_201709114940861.jpgCarré conté sanguine,  le cri qui libère, 2009


FUITE D’UN RÊVE

 

L’eau bleutée de mes rêves
A coulé comme la triste sève
Qui roule le long des pins
Dont la vie finira au petit matin.

Une eau soudain troublée par la pluie
Glaciale d’une nuit d’hiver infinie.
Mon cœur battait au rythme bête

Qui transforme les garçons en trouble-fêtes
Dans ces casernes déshumanisées
Où pour cinq ans il s’était engagé.

Ces histoires d’amour que l’on construit
A dix-sept ans le soir dans son lit
N’existent plus en mon être blessé
Qu’à l’état de souvenirs éloignés
.

 

1983



SOMBRE SOUHAIT

Un oiseau étrange, aux plumes d’or
Me chante la mélodie de la mort.
La cage qui l’abrite de ce monde violent
N’est autre que mon cœur, innocent.
Le sentiment d’agonie qui m’oppresse,
Ma respiration qui de plus en plus se presse,
L’approche d’un échec déroutant et nouveau
Dans mes études… tous me font don du tombeau
Qui, avide d’une victime de la jeunesse d’aujourd’hui,
Me regarde calmement et semble me dire : Oui.

 

  Oui à la fin subite,
  Non à la souffrance la plus petite.
  Oui à la douceur du repos éternel,
  Non à la sensation d’impuissance réelle
  Face aux maux qui m’assaillent,
  Non à l’inutile bataille.
  Oui à la délivrance docile
  Oui à cette solution difficile.

 

L’oiseau a tendrement cessé son chant,
Il me conseille de prendre mon élan
Et de m’envoler vers une autre dimension,
Lui rendant sa liberté par la même occasion.
J’ai encore un peu hésité,
Ma volonté a mystérieusement vacillé ;
J’entends des voix qui m’appellent
Qui me supplient de rester avec elles.

Mais quels sont leurs droits sur moi ?
Aucun. Alors adieu à toutes ces voix…

 

1983



ÉTIAGE DE MON ÊTRE

La saynète a pris fin, dans la salle
Les derniers rictus sur les visages ont disparu,
La chaleur qui s’est installée est infernale,
Je n’ai songé qu’à m’enfuir, peut-être nue.
Parvenue sur la tombe d’un nécromancien,
J’ai espéré le message lumineux,
J’ai patienté dans la nuit en vain,
Son âme avait déjà atteint les cieux.
Mon seul refuge fut la mystérieuse nature,
Où un cerf pieux m’offrit ses ramures.
Mon enfance spectrale fit son apparition.
Affaiblie, je perdis quelque peu la raison.
Un sphinx dévora mes angoisses, il cassait le décor,
Son silence pernicieux m’invitait à découvrir la mort.
Le serpent chinois, mystique compagnon de mon Moi
Serpente sur la lyre d’or, la mélodie fige mon effroi.
J’erre encore, égarée, cherchant la Fontaine de Jouvence
Pour échapper au temps et renaître dans l’absence.
La passion un soir m’a embrumé le cœur,
Depuis, je suis incapable d’aimer sans la douleur
Du souvenir dont je suis possédée à jamais.
Le cristal d’Amour est diaphane, semblable au passé.



 

 SOUFFRANCE

 

Un rien fantasque s’est glissé en moi,
Je sens mon corps en ignition,
Les médisances ont éteint ma joie,
Je ne suis qu’un minable pion.
Ô Nautonier, comme les flots sont hostiles ;
La barque qui m’emporte est si lasse…
Peut-être serai-je recueillie sur une île ;
Qui m’accorderait cette grâce ?
Un mécène médiéval venu me guider ?
Un suzerain puritain et un peu isolé ,
Ou un sceptre séditieux ayant fui son temps ?
Le mal disparaît, apparaît le jusant.
Échouée sur la rive j’ai cueilli une jusquiame,
Je me suis emplie de sa senteur vespérale,
Solitaire, j’ai rendu l’âme
En cette somptueuse nuit prairiale.



 LE LAC DES DISPARUS

 

Derrière le buisson je perçus un bruit,
Inquiète je me retournai : un animal étrange
Dardait sur moi un regard ennemi.
Fougueusement il se libéra de la fange,
Il s’engagea dans un sentier perdu…
Le Joran tentait d’éveiller le lac Léman
Par son souffle frais et inattendu
Mais le lac dormait profondément.
Un squelette en cravate incolore
Me frôla le cou de ses doigts candides,
Il disparut ; ne resta qu’un vide,
Mais ce frisson glacial encore me dévore.


 


 ONDES CERVICALES

Je me voudrais panthère noire,
Nul homme ne m’ôterait ma robe satinée,
Je vivrais l’amour dans le couloir
De ma nudité à jamais protégée.

Si j’étais panthère noire
Je n’aurais pas honte de mes lignes sur le miroir,
Je m’offrirais sans limites
Au regard d’un amour insolite.

Je ne suis qu’une panthère noire,
Habillée des peintures de Renoir,
Mais je regrette mon cœur d’inhumain
Et désire mon ancienne silhouette d’humain.


 

 

LIBERTÉ OÙ ES-TU ?

 

De derrière mes rideaux
Je contemple la nuit.
De derrière ses barreaux
Mon cœur contemple la pluie.
Cette pluie de l’ennui
Qui mouille le corps,
Fige la vie
Et pour toujours l’endort.

 

Redoutables chaînes de l’amour
Qui à jamais refusent les détours,
Envoutent sous une pleine lune,
Mais la proie est une.
Mortel passage de l’enfance
A l’adulte souffrance.

 

De l’innocence impure
On parvient à la nocence pure
Pour une fausse naissance,
Un voyage dans l’ignorance.

 

De derrière ses rideaux
Mon cœur bat sans envie,
De derrière mes barreaux
Je contemple le néant infini.

 

 

 

ÉCRIRE M'A SAUVÉE , puis AIMER  AUSSI...

08/09/2017
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L'ESPOIR ET LES RÊVES

SE RELIER À L'ESSENTIEL…

RETROUVER UN MONDE DE DOUCEUR…


(Pastels secs. 2008)


09/09/2017
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VINGTS ANS

LA VIE EST UNE VAGUE QUI VOUS EMPORTE
Mon premier pastel sec, en 1990


11/09/2017
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L'école

L'ÉCOLE

 

Des traces de doigts sur les vitres abimées

Des traces de froid sur les pupitres délaissés

Le noir du tableau depuis longtemps a déteint

Le soir le bureau sans le maitre est éteint

Des traces de craie sur les bancs d’écoliers

Des traces de paix sur les rangs des préférés

L’armoire près du mur a perdu tout son teint

Le tiroir du futur n’a plus voulu de refrain

Des traces de grammaire ont jauni les cahiers

Des traces de Baudelaire ont vieilli le papier

Des traces de doigts sur les murs écaillés

Des traces de noix sur la peinture envolée

Une odeur d’amertume sur l’estrade en bois

Une lueur de plume qui dégrade la soie

Des traces d’inattention sur les tables gribouillées

Des traces d’attraction sur les fables reliées

La peur d’être mis au tableau devant tous

L’honneur de voir prise en photo sa frimousse

Des traces sur les plumiers d’encre oubliée

Des traces sur les casiers par les cancres affolés

Des traces de doigts au fond de leur poche

Des traces de joie au son de la cloche

Une impression infinie de soudaine liberté

Une inspection finie, mais vaine en vérité

Des traces de larmes sur le sol agacé

Des traces d’armes que des fols ont lancées

Sur les lunettes du maître en bataille

Sur la baguette du maître qui déraille

Des traces à présent regrettées

Des traces d’enfance et de scolarité

                                                           (1984)

 


23/09/2017
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L'exhibitionniste

L'EXHIBITIONNISTE

 

On le sait qui parcourt les rues de la ville

À la recherche des petites filles innocentes

De loin son allure est loin d’être effrayante

Mais de près il a les yeux qui brillent.

Il sourit bizarrement et soudain

D’un geste rapide ses deux mains

Entrouvrent son immense vieux manteau

Il ne porte plus sa culotte « petit bateau »

Sournois, il exhibe ses formes maladives

Aux yeux de l’enfant, qui d’abord épouvantée

Se rassure vite et devient moins craintive.

Son rire fuse alors devant l’être hébété

Âgée d’une dizaine d’années au plus, la môme,

L’œil malicieux, regarde s’éloigner l’homme.

Il a perdu sa fierté, et comme un chien battu,

La queue entre les pattes, il s’en va cacher le nu.

 

                                                                (1984)

 


23/09/2017
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