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MARTINEAU Frédéric : Priscille

PRISCILLE


 

 

«   Jacques a dit “Cours”

Jacques a dit “Vole”

Mais pas le jour où je décolle

Jacques a dit “Cours”

Jacques a dit “Aime”

J’ai beau t’aimer, tu pars quand même

Jacques a dit “Marche”

Jacques a dit “Rêve”

     Me fait tant marcher que j’en crève

Jacques a dit “Certes, je lui pardonne” »

      (C.Willem)

 

 

Jacques, confronté soudain à la dure réalité d’une séparation déchirante et du chômage, a tout le temps d’explorer toutes les strates de la société, et de sa personnalité peu à peu comme délitée.

Jacques diverge, et Jacques dit verge.

 

Au fur et à mesure qu’il pointe au Pôle emploi, sans que ne se pointe le moindre emploi, sa bourse fond comme son ventre, mais au fond, pas son bas-ventre nourri à la testostérone. Le jouir est ce qui semble lui rester pour se sentir vivant. Seul et désinséré, il éprouve le besoin de s’insérer dans les corps comme pour conjurer le sort, oublier cette société qui rejette le chômeur, surtout celui dit de longue-durée, plus que suspect et soudain délaissé par bon nombre de ses anciens amis.

 

Alors quand sa testostérone fait plus que le tester, il prend le taureau par les cornes, écorne au passage les nantis et autres avatars du paysage urbain, lui que la corne d’abondance a abandonné.

Longtemps qu’il ne fait plus bombance, malgré les apparences, alors quand sur sa route il a croisé Priscille, il a accepté qu’elle devienne sa presqu’île, puis l’a laissée sur son île pour rejoindre des berges plus sordides.

 Le phantasme et la débauche l’envoient dans le décor, des corps nus çà et là : stupre et amours tarifés sur des sofas moelleux, lumière tamisée mais aussi plaisirs solitaires. Il est devenu soli-terre, seul sur terre, mais solidaire de la terre et de tous les laissés pour compte, ceux qui n’ont plus rien à compter, plus le moindre sou, ni dessous.

 Les dessous de l’histoire vous rappelleront que ce sera peut-être vous, le prochain chômeur, vous qui ne saurez plus sur qui compter pour maintenir la  tête relevée, et ne pas perdre la raison.

Entre garder sa dignité ou sombrer, se regarder en face ou succomber à la tentation, Jacques a oscillé… comme en état second.

 

Mais la meilleure surprise, c’est l’épilogue, après ce long monologue.

 

Le style est riche et varié, Frédéric Martineau n’a épargné personne en sondant les affres de la perte d’emploi et en auscultant la descente aux enfers quand on ne rêve que d’en faire… du travail, et de toucher un salaire pour vivre décemment, tout simplement.   

 



08/10/2017
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